Tonneins accueillera la première de "Bonheur"
S'agissant de la diffusion en première d'un film produit à Tonneins, l'endroit choisi pour ce premier visionnage public devait être le Rex, notre cher Cinéma Rex.
En effet, le vendredi 6 mai, le cinéma Tonneinquais présentera en société "Bonheur", un film produit avec le soutien du FRAC Nouvelle-Aquitaine MÉCA et tourné à Tonneins dans le cadre du bicentenaire de la naissance du peintre Rosa Bonheur (1822-1899) et de l'exposition de ses oeuvres au Musée des Beaux Arts de Bordeaux le 18 mai 2022.
La diffusion de ce film aura lieu le 6 mai au Rex en présence du réalisateur Nicolas Boone et de Jean Aufort, petit-fils du peintre Tonneinquais Jean Aufort (1898-1988) dont les huiles ont servi de décor au film. Le hall du rex accueillera le 6 mai quelques-uns des tableaux peints par Jean Aufort.
Rosa Bonheur
Ce 16 mars marque le bicentenaire de la naissance de Rosa Bonheur. Peintre et sculptrice, elle était reconnue par ses contemporains, en France et à l’étranger. Mais deux siècles plus tard, peu connaissent l'histoire de la brillante artiste, à la vie indépendante des hommes, chose rare au XIXe siècle.
Rosalie Bonheur dite Rosa Bonheur, née le 16 mars 1822 à Bordeaux et morte le 25 mai 1899 à Thomery, est une peintre et sculptrice française, spécialisée dans la représentation animalière.
Rosa Bonheur débute la peinture très jeune, formée par son père lui-même peintre portraitiste et professeur de dessin. Ce père, Raymond Bonheur va abandonner sa femme et leurs quatre enfants en bas-âge pour rejoindre le couvent des saint-simoniens à Ménilmontant. Cet événement marquera à jamais Rosa Bonheur, qui toute sa vie refusera de dépendre d’un homme : pour subvenir aux besoins de ses quatre enfants, sa mère se tue à la tâche, elle meurt de faim et d’épuisement quelques temps plus tard. La biographe Marie Borin rapporte ainsi les propos de Rosa Bonheur : "Ma mère, cette femme élevée comme une princesse, est morte de misère et de faim, pendant que mon père prêchait le bien de l’humanité chez les Saint-simonies".
"Ce choc l’empêchera de se marier, indépendamment du fait que le mariage au XIXe siècle, condamnait quasiment toutes les femmes, en particulier celles qui avaient un génie, un talent ou une vocation. Sauf rares exceptions, la vocation des femmes mariées au XIXe siècle étaient de se consacrer à leurs mari et enfants", constate la biographe. Le père Bonheur a bien tenté d’envoyer sa fille au couvent, pour y apprendre la couture, mais face à ses refus catégoriques, il accepte de la former comme peintre.
Rosa Bonheur expose ainsi pour la première fois à 19 ans. Elle est tout de suite remarquée. Marie Borin raconte : "Elle était tellement douée qu’on la comparait à un homme. Elle peignait aussi bien qu’un homme disait-on". Si exposer à 19 ans n’était pas rare à cette époque, "il y avait l’apprentissage traditionnel dans les ateliers donc il était possible de commencer très jeune à travailler. Pour une artiste femme, c’était évidemment beaucoup plus rare. C’était une virtuose, ses lapins sont une œuvre très impressionnante au niveau de la maîtrise technique de la peinture à l’huile", explique la conservatrice Sandra Buratti-Hasan.
En 1849, Rosa Bonheur reçoit une commande de l’État pour un tableau. Elle peindra le "Labourage nivernais", une œuvre "absolument triomphale" qui sera exposée au musée du Luxembourg. Alors âgée de 27 ans, "Elle est très jeune pour être représentée parmi le panthéon des plus grands artistes contemporains" fait remarquer la co-commissaire de la rétrospective consacrée à Rosa Bonheur, Sandra Buratti-Hasan.
"Le 'Labourage nivernais' me semble être un chef d’œuvre fondamental. Rosa Bonheur est au début de sa carrière mais déjà, il y a tous les jalons : une attention extrêmement forte au vivant, non seulement aux animaux mais aussi au vivant dans son ensemble. Par exemple, la façon dont elle représente la terre, qui est retournée et les études de terre, les contrastes de lumière, la texture de cette terre labourée qui prend tout le premier plan du tableau est aujourd'hui encore fascinante. Cela avait marqué dès cette époque, à savoir, en 1849".
Sandra Buratti-Hasan, directrice adjointe du musée des Beaux-Arts de Bordeaux
Le travail de Rosa Bonheur se concentre sur les animaux auxquels elle voue un véritable amour depuis son enfance. "J’avais pour les étables un goût plus irrésistible que jamais courtisan pour les antichambres royales ou impériales", écrit-elle dans "Rosa Bonheur, sa vie, son œuvre" d'Anna Klumpke. Sa mère lui a d’ailleurs appris à lire en confectionnant un abécédaire avec des animaux. Au château de By où elle passe un demi-siècle, elle avait installé une ménagerie composée de dizaines d’espèces : des vaches, des chevaux, en passant par des fauves. Sandra Buratti-Hasan émet également cette hypothèse : "Elle a peut-être aussi considéré qu’il y avait une place à prendre dans le genre animalier. Avec une immense ambition, elle a voulu en faire l’équivalent de la peinture d’histoire : donner un grand format à des sujets qu’on regarde trop souvent de façon passive autour de soi. Elle a voulu donner sa noblesse au quotidien, au prosaïque, à ceux que l’on ne regarde pas et qui pourtant sont nos compagnons de tous les jours."
Pour reproduire au mieux ces animaux et être la plus précise possible, la peintre fréquentait des abattoirs et des marchés aux bestiaux. Ces visites la poussent à porter des pantalons, dans cet habit d’homme à l’époque, elle est ainsi plus en sécurité et c’est évidemment bien plus pratique que la robe qui se tachait dans le sang et la boue. Vêtue par-dessus d’une blouse, cette tenue rappelle celle des saint-simoniens, "elle était habillée exactement de la même façon à 4-5 ans" affirme Marie Borin.
Sa virtuosité, sa capacité à reproduire toutes les spécificités des animaux et la légende qui s’est construite autour d’elle participent à sa reconnaissance internationale. "Elle a su s’imposer dans ce monde difficile et très tôt, avoir de très grandes récompenses", ajoute Sandra Buratti-Hasan. Rosa Bonheur s’est aussi entourée des bonnes personnes. Le marchand d’art Ernest Gambart a participé à la diffusion de ses œuvres dans le monde entier, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis.
Elle disait que si le prix de Rome avait été ouvert aux femmes (il le sera peu de temps après sa mort, en 1903), elle l’aurait eu !
Marie Borin
Si elle n’a jamais obtenu le prix de Rome, en 1865, Rosa Bonheur devient la première femme artiste à recevoir la Légion d’honneur. L’impératrice Eugénie se déplace alors jusqu’à son atelier, pour lui remettre la distinction, un an après lui avoir rendu une visite surprise. Elle entend ainsi prouver que "le génie n’a pas de sexe". Pour Sandra Buratti-Hasan, "elle incarne déjà cette émancipation". Le président Sadi Carnot la promeut officière en 1894, elle est la première femme à accéder au titre d'officière de la Légion d'honneur. L’artiste a vécu une quarantaine d’années au château de By en Seine-et-Marne



